Transmettre le cinéma

Un outil conçu par lux Scène nationale de Valence, collaboration avec le CNC

Edward aux mains d'argent
Fiche film

Edward aux mains d'argent

BURTON Tim
USA 1990
Genre : Récit initiatique
Ecriture cinématographique : Fiction
Ecole et cinéma 2004-2005
 AUTOUR DU FILM 

Un cinéma de genres

L'ombre de Frankenstein plane sur Edward aux mains d'argent qui, par son fantastique gothique, s'inscrit dans la lignée de nombreux films évoquant le célèbre mythe. On y retrouve le savant solitaire qui se voue à une œuvre folle : la création d'un androïde qui s'adaptera mal au monde des hommes. Le film de Tim Burton regarde également du côté des contes merveilleux et romantiques tel La Belle et la Bête.

Frankenstein, né sous la plume de Mary Shelley en 1918, inspira directement plus d'une centaine de films, faisant naître un des mythes les plus visités du cinéma fantastique. Il devait éclater sur les écrans sous les traits de Boris Karloff dans Frankenstein (1931) et La Fiancée de Frankenstein (1935) de James Whale, chefs-d'œuvre jamais égalés par la suite. La créature se révèle douée de réflexion et de sentiments grâce à la composition magistrale du comédien. Son jeu fait sourdre une morbidité, une agressivité et une vulnérabilité qui confèrent au personnage une dimension humaine. Dans l'esprit du public, le nom de Frankenstein désigne désormais le monstre (jamais nommé) et non son créateur (le Victor Frankenstein du roman). Le héros en sera donc Boris Karloff, monstre émouvant et martyrisé dont la seule apparition suffit à balayer celle de son créateur. Dans Edward aux mains d'argent, Johnny Depp fait renaître la dimension pathétique de son illustre modèle.

Renversement de situation avec Terence Fisher qui fait du savant le héros de cinq films interprétés par Peter Cushing. La créature n'est ici qu'un cobaye dans les mains d'un inventeur cynique et assassin. Mais, dans l'imaginaire du grand public, le souvenir de Boris Karloff triomphe. Le mythe perdure, inspirant des séries B sans éclats ou des parodies allègres (Frankenstein Junior, de Mel Brooks, en 1974), jusqu'à ce que Tim Burton s'en empare pour lui restituer la part de poésie qui l'avait abandonné depuis fort longtemps. Dans Edward aux mains d'argent, le savant donne une âme à sa créature et meurt avant de l'avoir achevée. Il est surtout vu comme un homme solitaire ayant créé un fils (Pinocchio n'est pas loin) qui, devenu orphelin, doit affronter seul le monde des humains. Il y découvre l'amour impossible avec une belle évoquant les princesses de contes de fée. Nous voilà alors dans le pur merveilleux, cher à Jean Cocteau (La Belle et la Bête, 1946). Après la peur et la répulsion, la Belle se met à aimer la Bête malgré sa différence, et peut-être à cause de sa monstruosité. Car, comme dans le film de Cocteau, un Edward " normalisé " n'aurait plus la même force attractive. Alors que le film de Cocteau reste dans le merveilleux (la Bête enfin aimée se transforme en Prince Charmant), celui de Tim Burton retombe dans la réalité : l'amour impossible entre la belle et le monstre.