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Mouche (La)
Fiche film

Mouche (La)

CRONENBERG David
USA 1986
Genre : Fantastique
Ecriture cinématographique : Fiction
Lycéens et apprentis au cinéma 2010-2011

Lycéens et apprentis au cinéma

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 MISE EN SCÈNE 

The Fly est un film qui a déjà existé puisqu'en 1958 Kurt Neumann réalise La Mouche noire. Mais Cronenberg, avec une grande lucidité, a su éviter tous les pièges du remake. Le cinéaste a vu le film de Neumann alors qu'il avait 15 ans et dit en avoir apprécié le côté « série B », mais qu'à cette époque la censure était trop forte : « On ne pouvait que suggérer ». La Mouche n'est donc pas un simple remake, il y a une vrai réflexion sur l'organe et l'organisme, où finit l'un et où commence l'autre ; grande question du cinéma de Cronenberg. « Chez Cronenberg, la nécessité du passage au film relève de l'analyse, d'un mécanisme de transfert (…) et de ce point de vue, The Fly est également une histoire de téléportage : la transmission d'une matière vivante d'un point A à un point B (…). Le téléport d'un point à un autre, c'est celui du cinéaste vers son film, de l'acteur à son personnage, du corps filmé et enregistré par une caméra-ordinateur, point par point, atome par atome, et recomposé ailleurs sous la forme d'une image de ce corps. »

 

Charles Tesson, Cahiers du Cinéma 1987

 

Pour Cronenberg le film portait davantage sur le vieillissement et son irréversibilité que, comme beaucoup ont pu le pensé, sur les ravages du SIDA. Seth Brundle (un Jeff Goldblum tout simplement indépassable), malade en voiture, a inventé sa machine à téléporter pour précisément ne plus avoir à utiliser les moyens de transports ordinaires. Les airs d'adolescent passionné d'informatique qu'il dégage lors de sa rencontre avec la journaliste Veronica précédent la version plus épanouie de la même personne : leur collaboration s'étendra jusque dans la chambre à coucher. Leur projet : documenter les expérimentations de Brundle jusqu'à ce qu'il parvienne à téléporter un être humain (la machine n'étant pas tout à fait au point) afin d'en faire un livre. Mais Stathis Boran, rédacteur en chef du magazine Particule et ex-petit ami de Veronica, vient semer la pagaille en harcelant celle-ci. Un soir de célébration, Veronica quitte momentanément Brundle qui, grisé et mélancolique, décide de se téléporter lui-même. Avec une mouche comme compagnon de voyage...

Trois personnages, une mouche et un babouin : hormis quelques scènes, c'est avec cet effectif que Cronenberg a construit La Mouche. La théâtralité du récit lui permet d'élaborer la relation triangulaire entre les protagonistes (réduits à peu d'espace) et d'augmenter l'intensité des crises de jalousie respectives. L'entrepôt, qui sert à la fois de laboratoire et d'habitat à Brundle, est imposé d'emblée comme le lieu principal du film. Il sera d'ailleurs exploré de long en large : Brundle-Mouche, transformé, grimpe sur les murs, épie du toit, etc. Même l'entre-deux (d'un "telepod" à l'autre), la dimension invisible aux yeux du spectateur, ne peut échapper à Brundle, demi-dieu. Cronenberg réussit ainsi à épuiser visuellement les possibilités du huis clos. (...) Aujourd'hui, La Mouche n'a perdu ni son éclat ni sa poésie et reste actuel tout en étant parfaitement témoins des tracas de l'Amérique des années 1980, exposées au grand jour : nouvelle maladie (SIDA), drogues (l'effet cocaïne/amphétamine que produit le sucre dans le cas de Brundle), question de l'avortement. Si sa vision n'était pas aussi éprouvante, on en redemanderait presque !

 

Donald Devienne , Critikat 1er juillet 2008