Visite de la fanfare (La)
KOLIRIN EranIsraël, France, USA 2007
Genre : Comédie Dramatique
Ecriture cinématographique : Fiction
Collège au cinéma 2009-2010
- Processus de création : un film parti d’une seule image
C’est l’amour d’Eran Kolirin pour la culture arabe, qu’il voit s’amenuiser dans son pays de jour en jour, alors qu’elle est constitutive de la mémoire collective Israélienne, qui est a l’origine du film. « J’ai toujours rêvé, déclare-t-il en guise de boutade pour justifier la naissance du projet de La Visite de la fanfare, de voir un policier habillé en uniforme très strict qui, quand il ouvre la bouche, en sort une chanson d’amour en arabe. J’ai commencé à écrire à partir de cette seule image en ayant la foi d’y arriver ». La mésaventure survenue à l’auteur dramatique égyptien Ali Salem, aujourd’hui consignée dans un livre intitulé « Voyage en Israël » a orienté son projet. Un jour qu’il était parti visiter le pays en voiture, peu après la signature des accords d’Oslo en 1993, l’homme de théâtre s’égara et se retrouva à Netanya, en lieu et place de Tel-Aviv, où il dut passer la nuit en compagnie d’Israéliens. Une occasion unique de rencontres…
La première version du scénario de La Visite de la fanfare parlait de politique et de conflits. « Puis, j’ai tout déchiré », concède Eran Kolirin, qui désire placer l’humain au centre de son projet. Plutôt que de raconter le réel, il préfère le sublimer dans une sorte de conte empli des aspirations et souvenirs de quelques personnages ordinaires qui, le temps d’une nuit « sans importance ».
En plus d’interminables problèmes de financement (six années furent nécessaires pour monter le projet), Eran Kolirin « n’eut pas le droit d’engager d’acteurs égyptiens. Il y eut un boycott. Alors, nous prîmes des Palestiniens comme Saleh Bakri [Khaled], précise-t-il. Quant au personnage principal, il fut interprété par Sasson Gabai, un Juif d’origine irakienne, qui parle aussi bien arabe que Saleh Bakri qui a grandi en Israël. »
- Contexte : les relations israélo-égyptiennes
Ce n’est qu’à partir des accords signés sous l’égide de l’ONU après la guerre du Kippour (1973) prévoyant la restitution d’une partie du Golan et du Sinaï à l’Egypte, que les relations entre l’Égypte et Israël se réchauffent. En 1977, Sadate se rend pour un voyage historique de trois jours à Jérusalem qui conduit aux accords de Camp David de 1978 et à la signature du premier traité de paix entre les deux pays l’année suivante. Les relations se normalisent. Des ambassades sont ouvertes et les voyages rendus possibles entre les deux pays. L’intégralité du Sinaï est rendue à l’Égypte, et Israël s’engage à ouvrir des pourparlers pour l’accord d’une pleine autonomie aux Palestiniens. Cependant, le traité de paix suscite l’ire des pays arabes qui décident le boycottage de l’Égypte. Sadate est assassiné par un commando militaire islamiste en 1981. Hosni Moubarak, élu président d’Égypte, s’efforce alors de poursuivre la politique de son prédécesseur tout en essayant de regagner la confiance des pays arabes.
Après le déclenchement de la seconde Intifada en 2000, Le Caire retire son ambassadeur de Tel-Aviv, espérant s’attirer les bonnes grâces de ses alliés arabes. Néanmoins, celui-ci est de retour en 2005 après les accords signés au sommet de Charm El-Cheikh entre le Premier ministre israélien Ariel Sharon et le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas en présence d’Hosni Moubarak et du roi Abdallah II de Jordanie (royaume qui entretient des relations avec Israël depuis 1994). L’activité diplomatique reprend et des personnalités politiques israéliennes de premier plan se rendent régulièrement au Caire pour discuter avec leurs homologues égyptiens.
En dépit des efforts de développement, la notion de coopération avec Israël est largement impopulaire dans la rue égyptienne. Hommes politiques et simples citoyens reprochent à l’Etat Hébreu d’assiéger la bande de Gaza, de poursuivre la construction de colonies dans les territoires occupés, d’entretenir une politique d’assassinat des résistants palestiniens et d’accentuer ses efforts pour « judaïser » Jérusalem en la vidant de sa population arabe. La perception d’Israël comme agresseur est renforcée pour son usage démesuré de la force militaire – causant des centaines de victimes civiles – durant la guerre de l’été 2006 entre Tsahal et le groupe libanais de résistance Hezbollah (idem pour les bombardements israéliens contre le Hamas dans la bande de Gaza en janvier 2009). Contrairement au Parti National Démocratique de Moubarak, les autres courants politiques égyptiens en tête desquels se trouve le mouvement des Frères musulmans (le plus représenté au Parlement en 2009) s’opposent à la normalisation diplomatique avec le voisin hébreu, arguant du fait que la paix avec Israël n’a mené à aucune modération des Israéliens contre les Palestiniens et les Libanais. ,
Bon gré mal gré, Israël et l’Egypte continuent aujourd’hui d’entretenir le processus de paixEn mai 2009, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a tenté de convaincre le Président Moubarak de faire front commun contre l’Iran avec qui l’Egypte est en délicatesse, et ce en dépit des divergences sur le règlement de paix au Proche-Orient. Le Caire soutient, en effet, la création d’un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza après un retrait d’Israël des territoires conquis en 1967, et exige l’arrêt de la colonisation ainsi qu’un retrait israélien du plateau syrien du Golan. Le gouvernement Netanyahu exclut ces retraits, n’envisage pas la création d’un Etat palestinien souverain et entend poursuivre la colonisation en Cisjordanie…
