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Temps modernes (Les)
Fiche film

Temps modernes (Les)

CHAPLIN Charles Spencer
USA 1936
Genre : Burlesque
Ecriture cinématographique : Fiction
Collège au cinéma 2004-2005
 RÔLES 

“Un ouvrier” (Charles Chaplin)
Le générique présente le personnage des Temps modernes comme “A Worker”, “Un travailleur”, “un ouvrier”. Ce n’est pas la première fois que Charlot/Charlie est désigné par son métier. L’Usurier décrit parfaitement la relation de Charlot au travail : son emploi n’est pas vital, d’ailleurs il le perdra sans tragédie. Il est d’ordre ludique : Charlot joue le professionnel avec maladresse mais aussi mépris, voire cruauté, à l’égard de clients, plus dans le besoin que lui. Le “worker” des Temps modernes n’est pas différent de ce Charlot-là : il a simplement été rattrapé par le temps, son temps. Il est pris en plein travail, nullement tricheur, mais appliqué à bien faire. C’est même cette volonté de bien faire qui entraîne les catastrophes : suivre le rythme de la chaîne à l’usine, trouver la bonne cale sur le chantier naval... Il a si parfaitement intériorisé le mécanisme social et professionnel, puisque une fois le bateau coulé, il reprend de lui-même veste, chapeau et canne. Pourtant, après avoir été rappelé à l’ordre par le patron pour avoir fumé dans les toilettes, il joue la décontraction et la lenteur pour reprendre le travail. Sans pour cela gêner la production. Comme dans L’Usurier, il joue même au contremaître pour rappeler à l’ordre son remplaçant. Parfait cobaye, ce n’est pas lui qui détraque la machine à manger. Seule celle-ci est en cause, nous rappelant que c’est aussi uniquement l’accélération des cadences qui entraîne les arrêts de la chaîne de montage. Charlot s’est tellement intégré à l’espace social qu’il voudrait ne plus le quitter (la prison), protégé par ses ennemis de toujours, les flics...

La “gamine” (Paulette Goddard)
Heureusement, Charlot va rencontrer son double. La Gamine apparaît d’emblée comme l’antithèse du Charlot “travailleur” : le couteau entre les dents, selon l’image classique du bolchevik, volant des bananes pour les distribuer aux enfants pauvres. Elle est définie comme “celle qui refuse de mourir de faim”, par le besoin vital de nourriture. Lorsque Charlot évoque pour elle une vie bourgeoise idéale, la nourriture abonde. : fruits ou lait à disposition, T-bone steak qu’ils se partagent (et qu’on retrouvera dans la cabane brinquebalante)... Contrairement à Charlot, elle vole pour manger et ne renonce jamais...

Des ouvriers...
Elle est le Charlot des débuts, le “Chas” de la Keystone, celui pour qui tout est bon pour “gagner sa vie”, faire sa place dans une société qui la lui refuse : chômage et mort du père, bourgeoise qui la dénonce, services sociaux qui la poursuivent. Charlot est un ouvrier, pas l’ouvrier type, mais un ouvrier parmi les autres, un exemplaire de la masse sortie du troupeau des premières images du film, dont le film décline quelques exemplaires : le bon ouvrier qui met de l’huile dans les rouages et obtempère à l’ordre de grève (le mécanicien). Le chômeur qui, lutte mais est écrasé par la machine politique (le père de la Gamine). L’ouvrier poussé au crime par la crise (Big Bill). Tout ce que Charlot pourrait devenir.

Liberté, Egalité, Solidarité...
La Gamine éveille la conscience de Charlot qui avait trouvé dans la prison un refuge idéal, le pousse à fuir avec elle, puis à postuler pour la place de gardien de nuit. C’est pour elle qu’il se précipite vers l’usine rouverte, retrouvant les réflexes du Charlot d’antan pour écraser ses rivaux. Si elle résiste aux agents venus l’arrêter, c’est bel et bien Charlot qui les retient et les berne. Lorsqu’elle se laisse aller au découragement (“À quoi bon ?”), face à la triste image de résignation qu’il donnait lui-même au sortir de la prison, “tricher” comme le Chas des débuts : il fait le matamore, pour se donner et lui donner l’illusion, donc l’espoir, qu’ils s’en sortiront... Et ils sortent des “temps modernes”, libres, égaux et solidaires...